Motivation et rôle du parent

« Les maths, ça ne sert à rien » : que répondre ?

Votre enfant dit que les maths ne servent à rien ? Ce que cette phrase cache vraiment, et la question à lui poser dès ce soir, sans dispute.

Publié le 5 octobre 2026 · 6 min de lecture

Nous l’avons tous entendue au moins une fois. Elle arrive après une mauvaise note, un devoir qui traîne, une soirée tendue. Et nous avons tous répondu quelque chose qui ne servait à rien non plus. Cette phrase n’est pas une opinion sur les mathématiques. C’est un signal, et il faut savoir le lire.

Ce que cette phrase veut dire

Écoutez bien ce qui la précède. Presque toujours, elle vient en second. D’abord : « Je suis nul en maths. » Ensuite, pour clore le sujet : « De toute façon, ça ne sert à rien. » L’ordre compte. Votre enfant ne juge pas les mathématiques ; il se juge lui-même, et il cherche une sortie honorable.

Le raisonnement qu’il tient, sans le formuler, est celui-ci : « je fais mal mes maths, donc je suis nul, donc autant décider que ça n’a pas d’importance ». C’est une illusion d’incompétence. Il confond un résultat, qu’il obtient aujourd’hui, avec une nature, qu’il se croit pour toujours. Et comme on ne peut pas changer une nature, il se protège en dévaluant la matière.

Prenons le cas d’une élève de 4e qui a eu 6 à un contrôle sur les fractions. Elle a compris la moitié des exercices, s’est perdue dans l’autre, et a rendu sa copie en colère. Le soir, à table, elle lâche la phrase. Ce qu’elle dit vraiment, c’est : « je n’y arrive pas, je ne sais pas pourquoi, et je ne veux pas en parler ». Les mathématiques n’ont rien à voir là-dedans.

Pourquoi les réponses habituelles ne marchent pas

Devant cette phrase, nous avons tous répondu « mais non, tu n’es pas nul », ou « tu vas y arriver », ou « continue à travailler ». Ces petites phrases rassurent le parent. Elles ne soignent pas l’enfant. Il les entend comme ce qu’elles sont : des formules, qui ne répondent pas à ce qu’il n’a pas dit.

Deux autres réponses font pire. La première est le plaidoyer pour les mathématiques : les métiers, les salaires, l’ingénieur qui calcule des ponts. Votre enfant n’a pas quinze ans pour penser à sa retraite, et plus vous insistez, plus il sent que vous ne l’avez pas entendu. La seconde est l’approbation : « c’est vrai que les maths, moi non plus… ». Elle lui offre une excuse définitive, et elle vous prive de toute possibilité d’aider ensuite.

Ce qu’il faut entendre

Derrière « ça ne sert à rien », il y a une question que votre enfant ne sait pas poser : « pourquoi est-ce que je n’y arrive pas ? ». Et cette question a une réponse, toujours précise. Il lui manque quelque chose. Une notion, souvent ancienne, sur laquelle le chapitre actuel s’appuie. Les lacunes d’hier sont les faiblesses d’aujourd’hui : l’élève de 4e perdue dans les fractions n’est pas nulle, elle n’a jamais compris ce qu’est un dénominateur commun, et personne ne l’a vu.

Nommer ce qui manque change tout. Une lacune, ça se trouve et ça se comble. Une nullité, non, parce qu’elle n’existe pas. Votre rôle n’est pas de convaincre votre enfant que les mathématiques sont utiles. C’est de l’aider à remplacer « je suis nul » par « il me manque ça ».

Ce que vous pouvez faire

Et l’utilité des mathématiques, alors ?

Un jour, plus tard, la question reviendra, posée cette fois avec sincérité. Vous pourrez alors répondre sans plaidoyer. Il ne s’agit pas de devenir mathématicien. Il s’agit de ne pas se fermer de portes à quinze ans. Les choix de spécialités en fin de seconde, le dossier Parcoursup, l’accès à des filières entières dépendent du niveau en mathématiques. Tenir ses bases, c’est garder le droit de choisir plus tard. C’est le seul argument qui vaille, et il n’a de poids que si votre enfant a d’abord retrouvé une prise sur la matière.

Ce qu’il faut retenir

« Les maths, ça ne sert à rien » n’est pas une opinion, c’est une défense. Elle protège un enfant qui se croit nul. On n’y répond ni par des formules rassurantes, ni par un plaidoyer pour les mathématiques, mais en l’aidant à nommer ce qui lui manque. Le jour où il peut dire « il me manque ça », la phrase disparaît d’elle-même.

Questions fréquentes

Et s’il refuse de répondre à mes questions ?

N’insistez pas sur le moment. Laissez la question posée, et revenez-y le lendemain avec sa copie sous les yeux. Il est plus facile de parler d’un exercice précis que de soi.

Faut-il le laisser abandonner les maths dès qu’il le peut ?

Ce choix se présente en fin de seconde. Il ne devrait jamais se prendre sous l’effet d’un découragement, mais après que les bases ont été reconstruites. Un élève qui a retrouvé une prise sur la matière choisit librement ; un élève qui se croit nul ne choisit pas, il fuit.

Comment éviter que ça finisse en dispute ?

En ne répondant pas à la provocation. La phrase est faite pour clore le sujet ; si vous argumentez, vous le rouvrez de force. Une question calme, et le sujet remis à demain, désamorcent presque toujours.

— Pascal MONTEL

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