
Cinq semaines de mobilisation lycéenne, des manifestations les 6 et 13 octobre 2026, plus de cent mille doléances déposées en trois semaines, et, le 26 octobre, la réponse du gouvernement : Parcoursup sera remplacé en 2028, et dès la session 2027 les formations devront afficher leurs critères, justifier leurs lettres de motivation et expliquer leurs refus. Si votre enfant est au lycée, vous avez entendu tout cela, et vous vous demandez ce qui change pour lui.
Peu de choses pour 2027, nous y reviendrons. Mais la colère des lycéens ne porte pas sur un logiciel. Elle porte sur un sentiment d’injustice, et ce sentiment a une origine précise, antérieure à Parcoursup lui-même : depuis la réforme du lycée, le dossier de votre enfant n’est plus une mesure nationale de son niveau. C’est une mesure locale, lue avant toute épreuve commune. Voici d’où vient le malaise, ce qui permettrait d’en sortir, et ce que vous pouvez faire sans attendre.
Ce que le gouvernement a annoncé le 26 octobre 2026
Pour la session 2027, celle de votre enfant s’il est en Terminale, Parcoursup garde son architecture et ses règles. S’y ajoutent des mesures de transparence : chaque formation affiche les critères et les pondérations qu’elle a utilisés l’année précédente, explique les traitements automatisés qu’elle emploie, justifie la lettre de motivation quand elle en demande une, et doit expliquer un refus si le candidat le demande. La phase principale d’admission est fixée au 10 juillet 2027, la phase complémentaire au 9 septembre.
Pour 2028, un nouveau système d’admission doit remplacer Parcoursup. Son nom et son fonctionnement ne sont pas connus ; un comité rendra ses premières recommandations fin novembre 2026, puis le Parlement en débattra. Deux chantiers nous concernent directement : le retrait de la mention du lycée d’origine, conditionné à « une méthode commune pour comparer les notes d’établissements différents » ; et le contrôle continu lui-même, dont un groupe de travail doit revoir en janvier 2027 le nombre et le poids des évaluations, leur répartition entre Première et Terminale, l’harmonisation de la notation et le lien entre les notes du bac et celles de Parcoursup. Le ministre de l’Éducation nationale a dit avoir « du mal avec l’idée qu’en Première, chaque contrôle donne l’impression de passer le bac ».
Lisez bien ces deux chantiers. Le gouvernement ne dit pas que la plateforme est mal faite. Il dit qu’il ne sait pas comparer les notes d’un lycée à l’autre. C’est l’aveu qui compte.
L’origine du malaise : un dossier jugé avant le bac, sur les notes de son lycée
Depuis le baccalauréat 2021, la note finale se compose de deux parts. Quarante pour cent viennent du contrôle continu : les moyennes des bulletins de Première et de Terminale dans les matières qui ne font pas l’objet d’une épreuve. Soixante pour cent viennent des épreuves terminales : le français en fin de Première, les deux spécialités, la philosophie et le grand oral en Terminale, et, depuis juin 2026, une épreuve anticipée de mathématiques en fin de Première.
Parcoursup, lui, n’attend pas le bac. Les formations examinent les dossiers au printemps et classent les candidats avant les épreuves. Le calendrier 2026 le dit sans détour : les premières réponses sont tombées le 2 juin, les épreuves écrites du bac ont commencé le 12 juin, et les résultats sont arrivés le 7 juillet. Quand une commission a décidé du sort de votre enfant, elle n’avait sous les yeux que ses bulletins, ses appréciations, sa fiche Avenir et les notes des épreuves anticipées de Première. Les épreuves nationales qui pèsent le plus dans le bac, les spécialités, la philosophie, le grand oral, n’entrent pas dans la décision d’admission. Nous l’avions montré dans « Parcoursup ne se joue pas en mars de Terminale » : le dossier s’écrit dès la Première. Il faut ajouter aujourd’hui par qui il s’écrit.
Un 13 en mathématiques dans un lycée n’est pas un 13 dans un autre. Il n’est même pas toujours un 13 d’une classe à l’autre du même établissement. Chaque professeur note ses élèves, avec ses barèmes, ses contrôles, son niveau d’exigence ; chaque lycée a sa population, ses habitudes, sa façon de rédiger les appréciations. Rien de tout cela n’est un reproche : un professeur note sa classe, il ne note pas la France. Mais la conséquence est mécanique. Deux élèves de même niveau, dans deux lycées différents, arrivent devant les commissions avec deux dossiers qui ne disent pas la même chose.
Avant la réforme, l’examen national jouait le rôle d’étalon : une même épreuve, le même jour, corrigée sur le même barème. On l’a retiré du calendrier des admissions, et l’on a découvert ensuite qu’il manquait une référence commune. Le Comité éthique et scientifique de Parcoursup le dit depuis 2019 : des notes « standardisées » sont un objectif d’équité, « car elles ne dépendent pas de la façon de noter de chaque professeur ni de chaque lycée ». Les formations, de leur côté, corrigent ce qu’elles peuvent : elles lisent le nom du lycée, et elles en tiennent compte. C’est cela que les lycéens appellent une injustice, et ils n’ont pas tort.
À notre sens, le problème tient en une phrase : sans référence nationale, on ne peut ni définir un niveau d’exigence pour entrer dans une formation, ni le mesurer. On classe des notes qu’on ne sait pas comparer. Changer de plateforme n’y changera rien.
La porte de sortie : rendre une référence commune au dossier
Le malaise a une cause, et la cause a un remède, en amont du logiciel : dans ce qu’il reçoit. Trois mesures suffiraient à rendre au dossier ce qui lui manque ; aucune n’exige d’attendre 2028.
La première est de remettre une épreuve nationale avant le classement. Les épreuves de spécialité ont été placées en juin, après les décisions des commissions. Les avancer, ou faire porter le classement sur leurs résultats, redonnerait aux formations une note commune à tous les lycées de France, pour les deux matières que l’élève a choisies et qui disent le plus sur sa capacité à suivre.
La deuxième est d’harmoniser le contrôle continu par des épreuves communes, tirées de banques de sujets nationales et corrigées sur le même barème. C’est la recommandation du Comité éthique depuis 2019 ; c’était le principe des épreuves communes de contrôle continu, instaurées par la réforme puis abandonnées. Le problème avait été vu ; la solution avait été retirée.
La troisième est de ne retirer le lycée d’origine qu’une fois ces références en place. Anonymiser le lycée sans rien mettre à la place, c’est enlever aux commissions le seul correctif, imparfait, dont elles disposent aujourd’hui. L’ordre compte : la référence commune d’abord, l’anonymat ensuite.
Le gouvernement a, sans le dire ainsi, entrouvert cette porte. L’épreuve anticipée de mathématiques de juin 2026 est une épreuve nationale, la même pour tous, passée sur table, qui entre dans le dossier avant le classement. Pour la première fois, les formations lisent une note de maths qui ne dépend ni du lycée ni du professeur. Il reste à faire pour les autres matières ce qu’on vient de faire pour celle-ci.
Ce que vous pouvez faire sans attendre
Vous ne réformerez pas le lycée d’ici juin. Mais vous pouvez agir sur la seule chose qui traverse tous les systèmes d’admission, celui d’aujourd’hui comme celui de 2028 : ce que votre enfant sait faire, seul, devant une copie. Une lacune en calcul ne se négocie pas avec une commission ; elle se voit sous n’importe quel barème, et elle se verra encore en première année.
C’est exactement le rôle que nous donnons à nos manuels de remise à niveau : chaque mission commence par un test que votre enfant fait seul, sans aide, suivi de sa correction et d’un bilan notion par notion, acquis ou à revoir. Une mesure qui ne dépend ni de son lycée ni de son professeur, qu’il peut refaire autant de fois qu’il le faut, et qui dit la vérité avant que le dossier ne la dise à sa place.
En Terminale, rien ne change pour votre enfant cette année : les deux premiers trimestres entrent dans le dossier, les vœux se formulent à partir de janvier, et les critères des formations sont publiés sur leurs fiches, avec, pour la première fois, les pondérations de l’année précédente. Lisez-les avec lui : c’est une prise que les familles n’avaient pas.
En Première, les bulletins comptent pour la session 2027, quoi qu’il advienne ensuite du contrôle continu, et l’épreuve anticipée de mathématiques de juin est la première note nationale de son dossier. Si les bases sont fragiles, c’est maintenant qu’elles se reprennent, pas en Terminale. Notre article « Mauvaises notes en maths en Première : faut-il arrêter la spécialité ? » dit comment lire ses copies avant de décider quoi que ce soit.
En Seconde, votre enfant ne choisit pas un métier, il se met en condition de choisir : des spécialités qui ferment le moins de portes, et des bases solides avant que les notes ne comptent. Pour tenir ces trois années sans vous tromper de moment, notre guide « ParcourSup, Réforme du Lycée et IA » propose une démarche en quatre temps : planifier, se connaître, se documenter, choisir.
Questions fréquentes
Mon enfant est en Terminale : la refonte de Parcoursup le concerne-t-elle ?
Non. La session 2027 garde ses règles ; seules s’ajoutent des mesures de transparence et le droit à l’explication d’un refus. Le nouveau système est prévu pour 2028.
Les notes de Première comptent-elles encore pour Parcoursup ?
Oui, pour la session 2027 sans aucun doute. Pour 2028, le poids du contrôle continu de Première est en discussion ; les propositions sont attendues en janvier 2027. Dans tous les cas, les notes de Première comptent pour le bac, à hauteur de quarante pour cent avec celles de Terminale.
Faut-il attendre le nouveau système pour s’y mettre ?
Non. Quel que soit l’outil, une formation lira des notes, des appréciations et un projet. Les lacunes d’aujourd’hui seront les mêmes en 2028, simplement plus anciennes.
Ce qu’il faut retenir
La colère des lycéens vise Parcoursup ; sa cause est ailleurs. Depuis la réforme du lycée, le dossier est une mesure locale, lue avant toute épreuve nationale, et le gouvernement reconnaît aujourd’hui qu’il manque une méthode pour comparer les notes d’un lycée à l’autre. La sortie n’est pas dans un nouveau logiciel, elle est dans une référence commune rendue au dossier : des épreuves nationales avant le classement, un contrôle continu harmonisé, et le lycée d’origine retiré seulement ensuite. En attendant, une seule chose ne dépend d’aucune réforme : ce que votre enfant sait faire seul, devant une feuille. C’est là que vous avez prise.
— School Booster
Dans la même rubrique
-
Mauvaises notes en maths en Première : faut-il arrêter la spécialité ?
Avant d'abandonner la spé maths en Première : ce que mesure une note, cinq familles d'erreurs à repérer sur une copie, le calendrier réel, le projet.
-
ChatGPT fait-il ses devoirs à sa place ?
Devoirs parfaits, contrôles ratés ? Ce que ChatGPT change à l'apprentissage des maths, et la règle pour en faire un allié plutôt qu'un raccourci.
-
Parcoursup ne se joue pas en mars de Terminale
Bulletins de 1re, deux trimestres de Terminale, épreuve anticipée de maths : le dossier Parcoursup s'écrit bien avant les vœux. Ce que vous pouvez faire.